Eco-quartiers.fr - Opinions - Juillet 2012 - La ville en mouvement (3/4)

« Les berges et les quais, lieux naturels de tous les usages » Qu’ils soient laissés à leur état de talus naturel ou bien aménagés par l’homme en vue d’un usage précis, les berges et les quais sont les lieux privilégiés de concurrence entre des espaces fonctionnels différents....

La ville en mouvement (3/4)

Aménagement des berges du Rhône à LyonAménagement des berges du Rhône à Lyon
« Les berges et les quais, lieux naturels de tous les usages »

Qu’ils soient laissés à leur état de talus naturel ou bien aménagés par l’homme en vue d’un usage précis, les berges et les quais sont les lieux privilégiés de concurrence entre des espaces fonctionnels différents. Entre fleuves et canaux dotés d’un intérêt paysager et accueillant le transport de marchandises et les plaisanciers d’un côté ; et espaces verts, industries, voies automobiles, espaces publics de l’autre, l’« aménagement fluvial » est stratégique pour l’organisation territoriale à toutes les échelles.

Aujourd’hui, les rives de la Seine, de la Marne, de l’Oise et des canaux d’Île de France sont en effet concernées par de nombreux projets d’aménagement qui conjuguent des problématiques écologiques, paysagères, de transport et de développement économique, ainsi que de recherche d’un espace public de qualité. La Seine est à elle seule concernée par de nombreux projets de « reconquête de ses berges » en Île-de-France qui la placent au cœur du développement de la métropole. Pour toutes les villes ayant une histoire particulière avec leur fleuve, que ce soit en termes de franchissement, de développement inégal des deux rives, ou d’aménagement des berges, les innovations sont nombreuses pour permettre au fleuve d’apporter à la ville toute sa richesse.


Le transport fluvial comme solution pour une logistique urbaine soutenable ?

Usage premier des fleuves et des canaux, le transport de marchandise par voie fluviale s’est fait concurrencer par les transports routier, ferroviaire et aérien. Mais depuis le milieu des années 90, il connait une progression constante du fait de ses nombreux atouts : il atteint le cœur des grandes agglomérations, il permet de contourner les points de saturation, et il est plus écologique que le transport routier. En milieu urbain, l’acheminement des marchandises est complexe, d’autant plus lorsqu’on organise le « dernier kilomètre » avant livraison. La logistique urbaine actuelle, qui s’appuie essentiellement sur le transport routier poids lourds, connait des limites (saturation, nuisances, conflits sociaux de partage de l’espace…) et doit être renouvelée pour répondre notamment aux contraintes d’impact environnemental et de coût de l’énergie auxquelles font face les transporteurs.

Le transport par voie fluviale est une des réponses qui peuvent être apportées à ce besoin de renouveau de la logistique urbaine d’un point de vue durable. Des expérimentations qui se sont avérées concluantes ont déjà été menées, comme à Utrecht aux Pays-Bas où des brasseurs ont initié une livraison de leur marchandise à partir d’un centre de distribution situé sur le fleuve, mode de transport adopté par une soixantaine de clients quelques années plus tard. A Paris, à partir de l’été 2012, la marque Franprix optera pour le transport fluvial via la Seine par le Port de la Bourdonnais pour livrer 80 magasins parisiens, en prévoyant d’éviter 450 000 km routiers par an et de réduire de 37% ses émissions de CO2.

Les initiatives privées ont cependant leurs limites si l’on veut mettre en place une logistique urbaine réellement nouvelle et durable, c’est pourquoi les pouvoirs publics locaux doivent se saisir de cet enjeu et intégrer aux programmes d’aménagement urbain des contraintes pour les transports routiers de marchandise en ville et des incitations à utiliser le transport fluvial entre autres. Par exemple, il est nécessaire de réserver des emprises foncières sur les berges pour anticiper l’implantation de plateformes logistiques qui faciliteront le transfert des marchandises d’un mode de transport à l’autre.


Les berges, espaces propices au développement des déplacements doux

Au-delà des espaces qui doivent être préservés pour les activités de transport et industrielles, les berges sont de nature à accueillir nombreux autres usages, comme les déplacements doux. Elles sont en effet un lieu privilégié pour l’aménagement d’itinéraires confortables de déplacements à pied ou à vélo (voire à cheval), que ce soit en zones urbaines ou rurales, et ce notamment grâce à la présence des anciens chemins de halage. Le charme de la présence de l’eau ainsi que la certitude que le canal relie forcément un point à d’autres lieux inconnus, permettent une échappatoire temporaire aux flux plus classiques et un espace de loisirs unique.

Le développement actuel des véloroutes et voies vertes s’appuie sur les continuités évidentes que sont les cours d’eau pour les déplacements. La véloroute « Eurovélo 6 », itinéraire cyclable long de plus de 3 500 km, qui relie l’océan Atlantique (Saint-Nazaire) à la mer Noire (Constanza en Roumanie), et dont l’objectif est de suivre les grands fleuves européens, témoigne de l’intérêt paysager, culturel et touristique des berges des fleuves. Initié par la Fédération européenne des cyclistes, c’est également un projet complet soutenu par un certain nombre d’acteurs institutionnels (en France : les régions traversées) mais aussi la SNCF, qui se sont engagés à renforcer l’intermodalité (train, bateau et vélo) afin que les cyclistes accèdent facilement à l’itinéraire en transports en commun.


La reconquête des berges pour le développement d’une intensité urbaine unique

Les berges sont en milieu urbain l’interface entre les habitants et cet élément naturel, le fleuve, qui entretien une relation ambivalente avec le développement harmonieux des villes (risque naturel/développement économique et urbain). La plupart des agglomérations et des villes de plus petite taille qui sont traversées par un fleuve, un canal ou une rivière, ont inscrit à l’ordre du jour de leurs projets la reconquête, requalification ou réaménagement de leurs berges. Le but est de faire du cours d’eau le facteur d’une qualité de vie nouvelle, dans une ville qui permet aux habitants d’y accéder facilement, d’investir ses bords et d’occuper ces espaces agréables grâce à l’eau.

Ainsi, les problèmes de perméabilité piétonne, souvent limitée par des possibilités de franchissement peu nombreuses et souvent réservées aux voitures, sont résolus par la construction de nouveaux ponts, ou de passerelles réservées aux déplacements doux : à Boulogne, dans le cadre du projet Île Seguin – Rives de Seine, plusieurs passerelles sont envisagées pour faciliter l’accès à l’Île depuis les deux rives. A Madrid, le projet « Madrid Rio » inauguré en avril 2011 a opéré un réaménagement des abords de la rivière Manzanares. Entre autres réalisations, 32 ponts et passerelles ont été construits ou réhabilités, et sont intégrés dans le projet global de la gigantesque promenade qui relie les deux parcs historiques de la ville (le Pardo au nord et le Jamara au Sud).

La ville de Bordeaux fait désormais elle aussi de son fleuve un atout majeur pour la qualité de vie : l’aménagement des quais il y a quelques années avec le célèbre miroir d’eau a sensiblement modifié le rapport des bordelais à la Garonne. Et ce n’est pas fini, car le pont Bacalan-Bastide est en construction et le franchissement Jean-Jacques Bosc avance peu à peu, le pont devant être livré en 2017. Enfin, le projet des navettes fluviales qui doit être proposé au public dès décembre 2012 est un pas de plus vers conquête du fleuve par les habitants. A Nantes, ce sont déjà deux lignes régulières de transport en commun par navette fluviale « Navibus » qui fonctionnent depuis quelques années.

Finalement, l’enjeu principal concernant l’aménagement des berges aujourd’hui est de préserver et renforcer la grande diversité des usages qu’elles accueillent. Lieu historique de la mobilité et du développement dans l’histoire de l’humanité, le potentiel d’aménagement des berges doit être envisagé comme multiple et complexe pour répondre aux enjeux du 21ème siècle.

Article co-écrit à quatre mains avec Paul-Antoine Lécuyer.

Pour aller plus loin :
  • Transport fluvial – chargement d’une barge sur le site d’extraction de granulats de Marolles sur SeineTransport fluvial – chargement d’une barge sur le site d’extraction de granulats de Marolles sur Seine
  • Transport fluvial de déchets en conteneursTransport fluvial de déchets en conteneurs
  • Visuel pour l’aménagement des berges de la Seine (source : Mairie de Paris)Visuel pour l’aménagement des berges de la Seine (source : Mairie de Paris)
2 commentaire

Commentaires

  1. 1

    Lyon a également inauguré récemment une ligne de Vaporetto, sur le modèle vénitien.
    Sinon sympa votre article, le transport fluvial est en effet très prometteur...

  2. 2

    Super intéressant ! Merci pour cette analyse !

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